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Obligation de formation des agents immobiliers : un enjeu lourd !

Quelque 150.000 professionnels de l'immobilier vont bientôt être obligés de se former tout au long de leur carrière. Une bonne mesure... si tant est qu'elle soit appliquée avec sérieux, prévient Henry Buzy-Cazaux, président de l'Institut du management des services immobiliers.

A la demande des organisations professionnelles, le législateur a intégré dans la loi ALUR des obligations de formation continue pour les agents immobiliers et les administrateurs de biens. Pour être plus précis, sont concernés tous les personnels titulaires de l'autorisation d'exercer délivrée par la préfecture, bientôt par la chambre de commerce du lieu d'exercice, mais aussi tous leurs délégataires salariés de l'agence ou du cabinet, et tous les agents commerciaux exerçant pour le compte d'une agence. Au total, ce sont sans doute 150.000 personnes qui devront désormais suivre une formation continue chaque année. La sanction de ne pas suivre ces formations obligatoires consistera dans le non renouvellement de la carte officielle portée par ces professionnels.


En réalité, cette disposition de la loi du 24 mars 2014 n'entrera en vigueur que lorsque les textes d'application auront éte signés. On est loin du compte puisque le Conseil national de la transaction et de la gestion, organe consultatif créé par la même loi, est encore en train de forger l'avis qu'il rendra au gouvernement pour préciser l'obligation légale. Un groupe de travail a été constitué, et il procèdera à des auditions d'experts avant de s'exprimer définitivement auprès des ministres concernés. En ce moment de préparation de la décision publique, il importe de prévenir les écueils.


Il semble qu'un consensus se dessine autour de l'obligation de deux jours par an. L'hypothèse de trois jours avait été émise et elle n'a pas été confirmée. On peut le regretter. D'autres professions en un sens comparables, les avocats, les notaires ou les experts comptables sont bien au-delà. En tout cas, si cette durée est arrêtée, il faudra faire le choix de l'essentiel, c'est-à-dire de l'actualisation juridique et économique des connaissances. Guère de place dans ces conditions pour le marketing ou le management par exemple. Sans compter qu'il sera nécessaire d'apprécier si les fondamentaux ont été assimilés par les apprenants et que le professeur pourra juger opportun d'y revenir; dans ce cas, les deux jours seront bien courts. Guère de place non plus avec cette durée pour la spécialisation des professionnels qui en ont besoin, les baux commerciaux par exemple pour ceux qui sont versés dans ce domaine, ou encore la règlementation des meublés.


Se pose aussi la question de l'enseignement distanciel, évidemment tentant. On pourrait se former sans se déplacer, parfois loin de l'entreprise, et sans se couper vraiment de son activité professionnelle, c'est-à-dire en restant productif. On peut même imaginer que la formation ne se ferait pas sur le temps de travail mais qu'elle serait prise sur le temps de loisir... Le problème est que le distanciel a ses faiblesses. D'abord, l'inscription d'un individu dans un groupe est d'un enrichissement majeur pour l'apprenant. Les échanges entre stagiaires et avec le professeur sont essentiels. Une proportion d'enseignement à distance grâce aux nouvelles technologies est admissible, peut-être à hauteur du quart ou du tiers, difficilement plus.


Un autre problème se pose : attester qu'un apprenant a non seulement suivi la formation, réellement en présentiel ou virtuellement à distance, mais a aussi assimilé les savoirs ou les savoir-faire en question. Il sera indispensable qu'un questionnaire rapide - quiz en langage courant - soit administré aux apprenants et évalué par le professeur.


Cette exigence conduit à se méfier d'une autre voie. On entend que les membres du Conseil national seraient favorables à ce qu'un congrès ou un colloque puisse être assimilé à un temps de formation ordinaire. D'ailleurs, les rapports parlementaires du projet de loi ALUR mentionnaient cette faculté, comme de nature à alléger l'effort de formation. Il est dangereux de croire que tout est formation : à la clé, il y a le discrédit. Comment faire accroire que suivre, avec une assiduité d'ailleurs aléatoire, un réunion professionnelle pendant quelques heures revient à suivre une journée de formation ? Comment faire accroire qu'assister à un débat correspond à acquérir des compétences?


Au demeurant, il va appartenir à la Commission emploi formation de l'immobilier, organisme paritaire ayant autorité sur la reconnaissance des formations et sur leur prise en charge financière par le collecteur de branche, de dire si elle porte un regard extensif ou restrictif sur ce sujet crucial.


Enfin, estimer sans complaisance la qualité des organismes de formation continue va être vital. La vigilance devra s'exercer notamment sur le curriculum vitae des formateurs. On voit trop de formateurs tellement généralistes qu'ils ne sauraient être compétents sur tout ce qu'ils transmettent. Il faudra aussi lire avec précision les programmes et ne pas s'arrêter à l'intitulé.


Par-dessus tout cela, il est désormais urgent que les textes d'application paraissent. Au fond, si l'on interrogeait l'opinion sur ce à quoi elle est le plus attachée dans la très décriée loi ALUR, elle dirait sans doute combien elle tient à cette qualification du corps professionnel. La compétence mieux partagée, doublée de la déontologie également attendue, aurait même pu suffire et rendre superfétatoires les autres obligations de la loi, visant à normaliser les pratiques des agents immobiliers et des administrateurs de biens. Réussir à bâtir un dispositif de formation continue honorable est un enjeu lourd pour ces professions. Le résultat de l'édification en cours sera regardé à l'aune de son sérieux : soit la communauté professionnelle en restera à des mesures optiques - de la poudre aux yeux en clair -, soit elle fera le choix de se transfigurer.


Henry Buzy-Cazaux


 



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